Virus SIKA, et maladies émergentes

15 mars 2016 : Virus ZIKA et maladies émergentes
Pr Patrice Morand
Laboratoire de virologie, Département des Agents infectieux.

Ce virus n’est pas nouveauDécouvert en 1947 dans la foret Zika en Ouganda, ce virus appartient aux arboviroses (ARthropod BORne Virus) car transmis principalement par les moustiques, tel que le virus de la dengue dont il est proche (famille des Flavivirus). Ses principaux vecteurs sont Aedes aegypti et Aedes albopictus (moins efficace pour la transmission). D’autres vecteurs sont possibles : selon les régions, les moustiques hématophages transmettent le virus à l’homme via un réservoir animal (les singes en Afrique et en Asie - cycle selvatique) ou via un réservoir humain si le virus est complètement adapté à l’homme (épidémie actuelle).

Avant 2015 « Zika ? : connais pas ! » … malgré « un lanceur d’alerte » français. Avant 2007 seulement une dizaine de cas humains (Afrique, Asie) avaient été rapportés. La première épidémie connue est celle de 2007 en Micronésie (900 cas symptomatiques estimés), publiée seulement deux ans après dans New England Journal of Medecine sans « faire le buzz ». Celle de 2013 en Polynésie française a été de plus grande ampleur (30 000 cas cliniques soit 11 % de la population) qui n’a pas fait non plus « la une » des journaux. L’analyse montre que 80 % de cas étaient asymptomatiques, les 20 % restant se manifestant par une éruption fébrile sans gravité et d’évolution spontanée favorable en quelques jours. Or dès 2014, le médecin biologiste français Didier Musso et son équipe en première ligne dans l’épidémie polynésienne, avaient déjà souligné tout ce qui nous préoccupe aujourd’hui : le syndrome de Guillain-Barré et la possibilité d’une transmission materno-fœtale !

Comment passe-t-on d’une épidémie polynésienne à une alerte mondiale ? Probablement importé par des polynésiens lors d’une compétition de canoé de mer à Rio en 2014, le virus a sans doute trouvé dans certains biotopes au Brésil puis en Amérique du Sud, les conditions favorables à sa transmission à une grande partie de la population, « neuve » immunologiquement. Restent quantité d’interrogations sur les raisons de cette explosion et sur les éventuelles mutations qui auraient amplifié sa transmissibilité et/ou son pouvoir pathogène. En 2015, c’est la concomitance de l’augmentation du nombre de cas de microcéphalie chez les nouveau-nés brésiliens et du nombre de cas de Zika dans la population (le gouvernement brésilien estimait alors le nombre de cas à 40 000) dont les femmes enceintes, qui a fait déclencher l’alerte mondiale par l’OMS, très soucieuse de ne pas prendre du retard comme dans l’épidémie d’Ebola… Les media et les réseaux sociaux ont fait le reste.

Le pouvoir « foetopathogène » et le neurotropisme du Zika sont démontrés : il faut protéger les femmes enceintes. La plupart des critères scientifiques de causalité permettant de relier le virus à des atteintes graves du système nerveux chez le fœtus et des atteintes neurologiques sévères chez l’adulte (Guillain-Barré, encéphalomyélite) est aujourd’hui remplie, même si la majorité des infections survenant chez l’adulte reste asymptomatique ou bénigne. Chez la femme enceinte infectée pendant la grossesse, le risque d’atteinte grave du fœtus est donc certain, mais l’estimation de ce risque reste à établir : on ne sait pas encore évaluer le risque (en pourcentage) de transmission du virus de la mère infectée au fœtus, ni celui pour un fœtus infecté de développer une anomalie grave. Ces risques dépendent sans doute du moment de l’infection maternelle. Persistent aussi des questions sur les interactions entre Zika et les autres arboviroses, qui pourraient être à l’origine ou aggraver l’atteinte fœtale. Toutes ces incertitudes nécessitent la mise en place de mesures de prévention et de surveillance chez les femmes enceintes vivant ou revenant d’une zone  d’endémie : mesures bien résumées dans une revue française récente (Picone O et al, J Gynecol Obstt Biol Reprod, 2016

Bien des questions à élucider… mais nécessité de « raison garder ». Faute de place, nous ne pouvons aborder ici toutes les questions en suspens : rôle de la transmission sexuelle, prévention de la transmission par voie transfusionnelle, autres manifestations cliniques, risque de survenue de cas autochtones dès cet été en France du fait de l’implantation de l’Aedes albopictus (risque très faible pour JF Delfraissy), pistes antivirales, vaccinales (pas avant plusieurs années), anti vectorielles… Pour en savoir (beaucoup) plus : Zika virus, Musso D, Clinical Microbiology Review 2016.

Il se peut aussi, comme souvent dans l’histoire récente, qu’un nouvel agent infectieux émerge ou ré-émerge et vole la vedette à Zika et Ebola et stimule, ce qui est positif, notre communauté scientifique et médicale mais angoisse le grand public. 

Ne nous laissons pas « submerger d’émotion par les émergeants» qui viendront et n’oublions pas que d’autre virus moins médiatiques pour lesquels il existe des vaccins efficaces (rougeole, rubéole, hépatite B, grippe, rage…) font encore des ravages chez les enfants dans les pays les plus pauvres ou les communautés hostiles à la vaccination.

14 septembre 2017